L’ENQUETE DE WILLIAM LABOV

L’ENQUETE DE WILLIAM LABOV (LES VARIATIONS)

            Le linguiste américain william Labov est certainement celui qui a fait progresser le plus nettement la sociolinguistique. Labov n’est pas un linguiste de bureau, il a travaillé pendant  dix ans  hors l’université. Ce qui le caractérise, c’est  la rigueur  méthodologique appliquée d’une part à la démarche théorique et d’autre part, à la recherche expérimentale. Il mène des enquêtes extrêmement précises sur le terrain et pour cela, il utilise des méthodes mises en place par la sociologie. D’une manière générale, la linguistique dominante avait  tendance à considérer que les phénomènes linguistiques devraient être expliqués par des données linguistiques  seulement, sans avoir recours  à l’extralinguistique, d’où  le débat  très long  autour de la sociolinguistique  et de ces différences avec  la linguistique de la parole est le constituant  fondamental de la linguistique. De ce point de vue, Labov s’intéresse particulièrement aux changements *phonétiques tels qu’ils peuvent être observés dans  la communauté sociale qui les engendre, donc d’où vient la variation ? comment  s’étend-elle et se diffuse-t- elle ? quelle régularité a-t-elle ?

Beaucoup de variations linguistiques se produisent une fois mais ne se répandent pas et ne se reproduisent pas. D’autres au contraire se diffusent, durent et parfois finissent par devenir régulière. Il est impossible  de comprendre un changement durable si l’on ne se réfère pas à la vie sociale de la communauté où il se produit  (Labov ; p 47)

I _ L’ILE DE MARTHA’S VINEYARD :

Elle se situe dans le Massachusetts, les 6000 vineyardais natifs se distribuent en 4 sous groupes : les descendants de souche anglaise du XVII siècle, les immigrants d’origine portugaise,  les indiens, un groupe divers (Français, Allemands, Polonais,…) représentants 15% du total.

La variable que décide d’étudier Labov est  la hauteur du premier élément des diphtongues ay /et / /aw. Ces deux *diphtongues sont très centralisées et ce trait est à la fois frappant  pour le spécialiste et imperceptible pour les locuteurs eux –mêmes. Il y a donc peu de chance qu’il y ait des modifications volontaires puisque les locuteurs n’en ont pas conscience et ne le contrôle pas.

Pour saisir la variation et l’expliquer, il a fallu pénétrer dans la structure sociale de l’ile et comprendre sous quelles pressions se font les changements sociaux. (p75)

L’étude a montré qu’une forte centralisation de (ay) et de (aw) et en corrélation étroite avec l’expression d’une résistance acharnée aux incursions des estivants. La réaction la plus forte a eu lieu dans les régions rurales où la pèche continue d’être le moteur de l’économie (les chilmarkais sont (…) les plus entêtés à défendre leur mode de vie) (p78).

En plus, ce qui a été constaté c’est que la centralisation de deux diphtongues atteint son maximum chez les individus qui ont entre 30 et 45 ans.

Parallèlement, les lycéens sont ceux qui ont le moins tendance à centraliser les deux diphtongues parce qu’ils n’ont pas l’intention de rester sur l’ile. De même les jeunes portugais marquent une centralisation plus forte que leurs contemporains d’origine anglaise. C’est qu’eux ils s’identifient à l’ile et à ses manières de vivre. Dans l’ensemble, ce qui signifie socialement le changement phonétique, c’est l’affirmation de l’identité: je suis autochtone de l’ile. En centralisant les diphtongues, l’individu (pose inconsciemment le fait qu’il fait partie de l’ile, qu’il y est né, et quelle lui appartient) (p87). Ceux qui se sentent les plus menacés dans leur identité sociale accentuent au maximum la centralisation.

D’une manière général ; l’étude empirique montre bien les corrélations étroites, multiple et remarquablement cohérentes qui existent entre un *changement linguistique et une situation sociale

II _ LA STRATIFICATION SOCIALE DE (r) DANS LES GRANDES MAGASINS NEW-YORKAIS :

Il s’agit d’isoler les variables linguistiques (socialement pertinentes pour les corréler aux lignes de force principales de la société) (p93). Une difficulté de l’étude empirique du langage c’est que les techniques de recueil de données (interviews) modifient ces données dans la mesure où les locuteurs interrogés se mettent  à surveiller leurs discours. Labov se lance dans une enquête anonyme sans que les interlocuteurs ne s’aperçoivent qu’ils sont interrogés.

La variable phonologique étudiée c’est (la présence ou l’absence de (r) consonantique en position post vocalique, dans : car, fourth, card…) (p95). La distribution sociale du langage à N-Y est dépendante de *la stratification sociale. Qui dit stratification dit à la fois différenciation. Evaluation, jugement et appréciation : on ne juge pas de la même façon l’emploi de la langue.

Labov a choisi un groupe professionnel unique: les employés des trois grands magasins de Manhattan ; Saks fifth avenue, Macy’s, S.Klein, dans l’ordre de prestige (prix et monde) décroissant. Donc, plus le magasin est haut dans la hiérarchie, plus ses employés présenteront des valeurs élevées pour (r).

L’enquêteur se présente comme un client parmi les autres. Les résultats obtenus montrent que l’emploi du (r) suit exactement la stratification sociale: les vendeuses de Saks, magasin le plus prestigieux, marquent plus le(r), que celles de M acy’s qui elles aussi le marquent plus de celle de Klein. En outre, il apparait que les vendeuses de Macy’s tendent à se rapprocher de la manière de prononcer de leurs collègues de Saks; il y a là l’effet d’un modèle de prestige.

Se manifeste également le phénomène d’*hypercorrection, selon lequel les membres d’un sous-groupe tendent à prononcer le (r) comme le prononce le sous-groupe immédiatement supérieur, mais en exagérant, c’est-à-dire en allant au-delà de la norme du sous-groupe que l’on imite.

III _ DISCOURS SURVEILLE/DISCOURS FAMILIER:

Afin de distinguer clairement le discours surveillé du discours familier, le meilleur indice à prendre en compte est fourni par « les modulations de la voix qui affectent le discours dans son ensemble ». (156).

Ainsi Labov voit que: « Un changement de la vitesse d’élocution, un changement du contour tonal, un changemen du volume de la voix ou du rythme de la respiration, c’est cela qui indique de façon socialement significative que le discours se fait plus spontané ou plus familier ».

IV _ LE REFLET DES PROCESSUS SOCIAUX DANS LES STRUCTURES LINGUISTIQUES : 

La stratification sociale ne se limite pas à la différenciation des comportements linguistiques objectifs mais elle implique une évaluation, c’est-à-dire  (les réactions sociales inconscientes vis-à-vis des valeurs prises par chaque variable phonologique) (p182). Ainsi par exemple, on fait entendre  à un même individu l’enregistrement d’un certain nombre de voix de N-Y en lui demandant de les classer sur une échelle d’aptitude professionnelle. Les jeunes interrogés entre 18-39 ans évaluent positivement la prononciation marquée du (r) bien que la plupart, ne la marque pas dans leur pratique quotidienne.ils pensent également que c’est petite bourgeoisie qui prononce le(r) et qui, comme l’a dit, tend à dépasser la classe supérieur. Elle se caractérise par (*une insécurité linguistique), les bourgeois font également un effort de correction, et manifestent d’importantes réactions négatives à l’égard de la manière de parler qu’ils ont eux-mêmes.

Donc un changement linguistique nait dans le discours de quelques personnes, puis il se répand, puis il atteint la régularité. Des pressions sociales s’exercent sur les formes linguistiques: elles sont soit de l’ordre du conscient, du volontaire, du maitrisé, soit de l’ordre du non conscient, s’imposant alors à leurs usagers.

Références : W.LABOV (1976) Sociolinguistique, Paris, Ed. de Minuit.

                                          (1978) Le parler ordinaire, Paris, Ed. de minuit.

Les mots-clés:

1- La phonétique: est l’étude scientifique des son du langage humain.

2- Le changement linguistique: la langue varie, évolue puis change à la fin.

3- La diphtongue: un concept linguistique qui évoque une forme spécifique de voyelle.

4- L’hypercorrection: consiste à s’exprimer de manière trop correcte.

5- L’insécurité linguistique: caractéristique de la petite bourgeoisie.

6- La stratification: est le découpage de la société en catégories sociales.

L’objectif visé: pouvoir comprendre sous quelles pressions se font les changements sociaux

Une réponse à “L’ENQUETE DE WILLIAM LABOV”

  1. karima dit :

    c’est un article seviable , merci de votre aide

Laisser un commentaire